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Les halles de Paris : origines – XIXe siècle
Histoire des Halles de Paris jusqu’aux Halles de Baltard
HALLE- Archéologie- — La halle est un marche couvert : elle a son orìgine dans les galeries qui entouraient le forum des villes romaines, et sous lesquelles s’abritaient des boutiques. Un certain nombre de halles du moyen-Age reproduisaient cette disposition : telles étaient les halles construites par Henri II d’Angleterre à Saumur, et décrites par Joinville qui les compare à un grand cloître. Les halles élevées à Paris sous Philippe-Auguste formaient de même une cour entourée de portiques mais d’autres bâtiments s’élevaient au centre.
Les halles de Bruges (XIIIe, XIVe, XVe siècles) entourent aussi une cour. Ce type persiste jusqu’au XVIe siècle. Les deux bourses d’Anvers construites à cette époque étaient des cours carrées entourées de portiques et de boutiques. Ce n’est cependant pas lu le type de halles le plus répandu : ces établissements affectaient généralement la forme d’un rectangle allongé, couvert de voûtes ou de charpentes et divisé assez, souvent en deux ou trois nefs, parfois aussi surmonté d’un étage. Les halles pouvaient être générales, servant à toute espèce de commerce on réservées à un seul. Elles pouvaient être la propriété d’un seigneur laïque ou religieux, dune ville ou d’une corporation. De là quelques différences dans les dimensions, le luxe ou certaines dispositions accessoires de ces constructions.

photo credit: dynamosquito
À Paris sous saint Louis, il existait deux halles aux draps; plus tard, chaque corporation eut la sienne, et les villes importantes ou rapprochées de la capitale y firent bâtir des halles qui étaient leur propriété. On peut citer comme halles spécialement affectées à un commerce les halles aux draps de Bruges, Bruxelles, Louvain, Gand ; les halles à la viande de Gand, Diest, Ypres, Anvers; la halle au pain de Bruxelles, et de nombreuses poissonneries. Les plus belles halles anciennes qui subsistent sont colles d’Ypres, commencées en 1201 terminées en 1304. Elles ont un étage supérieur et mesurent 133ml0 de façade. Comme à Bruges, le beffroi communal occupe le centre do cette façade et de chaque côté s’étendent vingt-deux travées d’une riche architecture.
Les halles étaient également reliées au beffroi à Arras et à Boulogne ; souvent elles faisaient corps avec l’hotel de ville, comme à Clermont en Beauvaisis. Elles occupent fréquemment le milieu d’une place, et, surtout dans le Midi, elles ne se composent souvent que d’un toit porté sur piliers ou sur arcades : telles sont les halles de Figeac, de Caylus, de Cordes (Haute-Garonne), de Couhé (Vienne). Du XVe au XVIIe siècle, on construisit un grani nombre de balles tout en bois ; telles sont celles d’Evron (Mayenne), Dives (Calvados), Gamaches (Somme), Villeneuve l’Archevêque (Yonne).
Les halles furent le principal centre d’approvisionnement de Paris, Louis VI n’avait installé sur le terrain des Champeaux Saint-llonoré, acheté a l’archevêque do Paris, qu’un marché à blé autour duquel plusieurs autres marchés vinrent peu à peu se grouper. Dès 118o, Philippe-Auguste y faisait construire des maisons, appentis, aux, ouvroirs et boutiques pour y vendre toutes sortes de marchandises. Il y installa une foire permanente et fit clore de murailles le terrain des Champeaux. Philippe le Bel donna aux constructions une certaine extension. On y vend alors non seulement des aliments, mais des draps, des chanvres, des armes, de la cordonnerie, do la friperie, des gants, des colliers, des pelisses et autres vêtements. En 1551,les halles furent démolies et reconstruites; deux ans après on y perça de nouvelles rues, où se groupèrent les marchands de même nature. Elles ont gardé (…) leurs anciens noms significatifs : rue de la Cossonnerie (volaille), rue de la Lingerie, rue des Potiers-d’Etain. D’autre part, les commerçants en spécialités provinciales formaient aussi bande à part, et divers points des halles étaient connus sous la dénomination de halles de Gonesse, halles de Pontoise, de Beauvais, de Douai, d’Amiens, de Bruxelles, etc. Il n’est rien, dit Michel de Marolles (XVIIe siècle), qui ne se vende aux halles où il y a plusieurs places jointes ensemble, l’une pour le blé, l’autre pour les herbes et les fruits, une autre pour la marée, d’autres pour la friperie, des rues tout entières pour des pourpoints, d’autres pour des chausses et quelques-unes pour des souliers. »
Les choses restèrent a peu près en cet état jusqu’au second Empire. La halle au blé, brûlée en 1802, fut reconstruite et surmontée d’une coupole en fer en 1511 ; elle a disparu lors de la création de la Bourse du commerce ; la halle aux cuirs, transférée en 1784 rue Mauconseil, émigra, en 1803, rue Censier; la halle aux draps et toiles, créée en 1786, fut incendiée en 1835 et ne reparut plus. C’est de 1854 seulement que datent les halles centrales, commencées d’après les plans et sous la direction de Baltard.
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Source : BNF – Gallica
Etablissement des français dans les iles de l’Amérique (XVIIe)
HISTOIRE
PHILOSOPHIQUE
ET
POLITIQUE
DES ETABLISSEMENS ET DU COMMERCE DES
EUROPÉENS DANS LES DEUX INDES.
LIVRE TREIZIEME.
« Etablissement des Français dans les iles de ul’Amériqe,
I. Considérations générales fur l’établissement des colonies
L’un cependant n’aurait-il pas été aussi sage que l’autre a été funeste j & n’en serait-il pas de l’étendue des empires ainsi que de la population ? Un grand empire & une grande population peuvent être deux grands maux. Peu d’hommes, mais heureux; peu d’espace , mais bien gouverné.
Le fort des petits états est de s’étendre; celui des grands de se démembrer.
L’accroissement de puissance que la plupart des gouvernements de l’Europe se sont promis de leurs possessions dans le Nouveau-Monde, m’occupe depuis trop longtemps, pour que je ne me sois pas demandé souvent à moi-même, pour que je n’aie pas demandé quelquefois à des hommes plus éclairés que moi, ce qu’on devait penser d’établissements formés à si grands frais & avec tant de travaux dans un autre hémisphère.
(…)
II. Premières expéditions des François aux iles de l’Amérique.
Depuis la fin tragique du meilleur de ses monarques, cette nation avait été sans cesse : bouleversée par les caprices d’une reine intrigante, par les vexations d’un étranger avide, par les projets d’un favori sans talent. Un ministre despote commençait à la charger de fers, lorsque quelques-uns de ses navigateurs, aussi puissamment excités par la passion de l’indépendance, que par l’appât des
richesses , tournèrent leurs voiles vers les Antilles , avec l’espérance de se rendre maîtres des vaisseaux Espagnols qui fréquentaient ces mers. La fortune, après avoir plusieurs fois secondé leur courage, les réduisit a chercher un asile pour se radouber. Ils le trouvèrent à Saint-Christophe en 1625. Cette isle leur parut propre au succès de leurs armements; & ils souhaitèrent être autorisés à y former un établissement. Denambuc, leur chef, obtint non-seulement cette liberté mais encore celle de s’étendre autant qu’on le voudrait ou qu’on le pourrait, dans le grand archipel de l’Amérique. Le gouvernement exigea pour cette permission, qui n’était accompagnée d’aucun secours, d’aucun appui, le dixième des denrées qui arriveraient de toutes les colonies qu’on parviendrait à fonder.
III. Les iles Françaises languissent longtemps sous des privilèges exclusifs.
Une compagnie se présenta en 1626, pour exercer ce privilège. C’était l’usage d’un temps où la navigation & le commerce n’avoient pas encore assez de vigueur pour être abandonnés à la liberté des particuliers. Elle obtint les plus grands droits. L’état lui abandonnait pour vingt ans toutes les iles qu’elle mettrait en valeur, et l’autorisait à se faire payer cent livres de tabac, ou cinquante livres de coton par chaque habitant depuis seize jusqu’à soixante ans. Elle devait y jouir encore de l’avantage d’acheter & de vendre exclusivement. Un fonds qui ne fut d’abord que de 41,000livres, & qu’on ne porta jamais au triple de cette somme, lui valut tous ces encouragements.
Il ne paraissait pas possible de rien faire d’utile avec des moyens si faibles. On vit cependant sortir de Saint -Christophe des essaims d’hommes hardis & entreprenants qui arborèrent le pavillon François dans les îles voisines. Si la compagnie qui excitait l’esprit d’invasion par quelques privilèges, eût eu, à tous égards, une conduite bien rationnée, l’état ne pouvait tarder à tirer quelque fruit de cette inquiétude. Malheureusement elle fit ce qu’a toujours fait, ce que fera toujours le monopole : l’ambition d’un gain excessif la rendit injuste & cruelle. Les Hollandais, avertis de cette tyrannie, se présentèrent avec des vivres & des marchandises , qu’ils offraient à des conditions infiniment plus modérées. On accepta leurs propositions. Il se forma dès-lors entre ces républicains & les colons, une liaison dont il ne fut pas possible de rompre le cours. Cette concurrence ne fut pas feulement fatale à la compagnie dans le Nouveau-Monde, où elle l’empêchait de débiter ses cargaisons ; elle la poursuivit encore dans tous les marchés de l’Europe,où les interloppes donnaient toutes les productions des iles Françaises à plus bas prix. Découragés par ces revers mérités les associés tombèrent dans une inaction entière, qui les privait de la plus grande partie de leurs bénéfices, sans diminuer aucune de leurs charges. Dans leur désespoir, ils abandonnèrent, en 1631, leur octroi à une nouvelle compagnie, qui elle-même le céda à une autre en 1642.
Inutilement, le ministère sacrifia à la dernière les droits qu’il s’était réservés. Cette faveur ne pouvait pas changer le mauvais esprit qui jusqu’alors avait été un principe constant de calamités. Une nouvelle révolution devint bientôt nécessaire. Pour éviter sa ruine totale, pour ne pas succomber sous le poids de ses engagements, le corps épuisé mit ses possessions en vente. Elles furent achetées la plupart par ceux qui les conduisaient comme gouverneurs.
Boisseret obtint, en 1649, pour 73,000 livres, la Guadeloupe, Marie Galande, les Saints, & tous les effets qui appartenaient à la compagnie dans ces iles : il céda la moitié de soi marché à Houel, son beau – frère. Duparquet ne paya, en 1650, que 60,000 livres, la Martinique, Sainte-Lucie, la Grenade & les Grenadins : il revendit sept ans après au comte de Cerillac la Grenade & les Grenadins un tiers de plus que ne lui avait coûté son acquisition entière. Malthe acquit, en 1651 Saint-Christophe , Saint-Martin , Saint – Barthelemi, Sainte-Croix & la Tortue, pour 40,000 écus : ils furent payés par le commandeur de Poincy qui gouvernait ces iles. La Religion devait les posséder comme fiefs de la couronne, et n’en pouvait confier l’administration qu’à des Français. »
Source :
Titre : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des européens dans les deux Indes. Tome 7 / . Par Guillaume-Thomas Raynal
Auteur : Raynal, Guillaume-Thomas (1713-1796)
Éditeur : [s.n.] (Genève)
Date d’édition : 1781
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : 10 vol. ; in-12
Bibliothèque nationale de France

photo credit: M&C Travel
Octave Mouret ou le commerce triomphant -1-
A Paris le temple du commerce : le Bonheur des Dames
Dans un Paris mis à ses pieds, Emile Zola décrit le triomphe d’Octave Mouret, l’ancien commis de « Pot-Bouille » à la tête du grand Magasin le Bonheur des Dames.
« Et la force qui balayait tout, l’emportait à son tour, elle dont la venue devait être une revanche. Mouret avait inventé cette mécanique à écraser le monde, dont le fonctionnement brutal l’indignait ; il avait semé le quartier de ruines, dépouillé les uns, tué les autres ; et elle l’aimait quand même pour la grandeur de son oeuvre, elle l’aimait davantage à chacun des excès de son pouvoir, malgré le flot de larmes qui la soulevait, devant la misère sacrée des vaincus.
La rue du Dix-Décembre, toute neuve, avec ses maisons d’une blancheur de craie et les derniers échafaudages des quelques bâtisses attardées, s’allongeait sous un limpide soleil de février ; un flot de voitures passait, d’un large train de conquête, au milieu de cette trouée de lumière qui coupait l’ombre humide du vieux quartier Saint-Roch ; et, entre la rue de la Michodière et la rue de Choiseul, il y avait une émeute, l’écrasement d’une foule chauffée par un mois de réclame, les yeux en l’air, bayant devant la façade monumentale du Bonheur des Dames, dont l’inauguration avait lieu ce lundi-là, à l’occasion de la grande exposition de blanc. C’était, dans sa fraîcheur gaie, un vaste développement d’architecture polychrome, rehaussée d’or, annonçant le vacarme et l’éclat du commerce intérieur, accrochant les yeux comme un gigantesque étalage qui aurait flambé des couleurs les plus vives. Au rez-de-chaussée, pour ne pas tuer les étoffes des vitrines, la décoration restait sobre : un soubassement en marbre vert de mer ; les piles d’angle et les piliers d’appui recouverts de marbre noir, dont la sévérité s’éclairait de cartouches dorés ; et le reste en glaces sans tain, dans les châssis de fer, rien que des glaces qui semblaient ouvrir les profondeurs des galeries et des halls au plein jour de la rue. Mais, à mesure que les étages montaient, s’allumaient les tons éclatants. La frise du rez-de-chaussée déroulait des mosaïques, une guirlande de fleurs rouges et bleues, alternées avec des plaques de marbre, où étaient gravés des noms de marchandises, à l’infini, ceignant le colosse.
Puis, le soubassement du premier étage, en briques émaillées, supportait de nouveau les glaces des larges baies, jusqu’à la frise, faite d’écussons dorés, aux armes des villes de France, et de motifs en terre cuite, dont l’émail répétait les teintes claires du soubassement. Enfin, tout en haut, l’entablement s’épanouissait comme la floraison ardente de la façade entière, les mosaïques et les faïences reparaissaient avec des colorations plus chaudes, le zinc des chéneaux était découpé et doré, l’acrotère alignait un peuple de statues, les grandes cités industrielles et manufacturières, qui détachaient en plein ciel leurs fines silhouettes. Et les curieux s’émerveillaient surtout devant la porte centrale, d’une hauteur d’arc de triomphe, décorée elle aussi d’une profusion de mosaïques, de faïences, de terres cuites, surmontée d’un groupe allégorique dont l’or neuf rayonnait, la Femme habillée et baisée par une volée rieuse de petits Amours. »
Zola. Le Bonheur des Dames
Source « in Libro Veritas »
photo : Ivan Floriani – Fotolia.com
Zola et le monde du commerce -I-
LA DECOUVERTE DE LA BOUTIQUE DE « L’ONCLE BAUDU » : AU VIEIL ELBOEUF

Emile Zola : l'auteur du "Bonheur des Dames"
Zola pour qui les mots se travaillaient comme des touches de couleur a brossé à travers la chronique des Rougon-Maquart, la vie d’une famille à travers le second Empire (même si ses modèles datent plutôt des années 1880). Parmi ces volumes : Au Bonheur des Dames est un roman d’Émile Zola publié en 1883, le onzième volume de la série les Rougon-Macquart décrit l’irruption du commerce des grands magasins. Le modèle d’Octave Mouret est Auguste Hériot co-fondateur des Grands magasins du Louvre.
Il m’a semblé intéressant d’en citer les principaux passages.
« Ils levèrent la tête, se retournèrent. Alors, juste devant eux, au-dessus du gros homme, ils aperçurent une enseigne verte, dont les lettres jaunes déteignaient sous la pluie : Au Vieil Elbeuf draps et flanelles, Baudu, successeur de Hauchecorne.
La maison, enduite d’un ancien badigeon rouillé, toute plate au milieu des grands hôtels Louis XIV qui l’avoisinaient, n’avait que trois fenêtres de façade ; et ces fenêtres, carrées, sans persiennes, étaient simplement garnies d’une rampe de fer, deux barres en croix. Mais, dans cette nudité, ce qui frappa surtout Denise, dont les yeux restaient pleins des clairs étalages du Bonheur des Dames, ce fut la boutique du rez-de-chaussée, écrasée de plafond, surmontée d’un entresol très bas, aux baies de prison, en demi-lune. Une boiserie, de la couleur de l’enseigne, d’un vert bouteille que le temps avait nuancé d’ocre et de bitume, ménageait, à droite et à gauche, deux vitrines profondes, noires, poussiéreuses, où l’on distinguait vaguement des pièces d’étoffe entassées. La porte, ouverte, semblait donner sur les ténèbres humides d’une cave.
(…) Ils se rassuraient, regardaient la boutique, où leurs yeux s’habituaient à l’obscurité.
Maintenant, ils la voyaient, avec son plafond bas et enfumé, ses comptoirs de chêne polis par l’usage, ses casiers séculaires aux fortes ferrures. Des ballots de marchandises sombres montaient jusqu’aux solives. L’odeur des draps et des teintures, une odeur âpre de chimie, semblait décuplée par l’humidité du plancher. Au fond, deux commis et une demoiselle rangeaient des pièces de flanelle blanche.(…) Mais la salle obscure l’inquiétait ; elle la regardait, elle se sentait le coeur serré, elle qui était habituée aux larges pièces, nues et claires, de sa province. Une seule fenêtre ouvrait sur une petite cour intérieure, communiquant avec la rue par l’allée noire de la maison ; et cette cour, trempée, empestée, était comme un fond de puits, où tombait un rond de clarté louche. Les jours d’hiver, on devait allumer le gaz du matin au soir. Lorsque le temps permettait de ne pas allumer, c’était plus triste encore. »
Emile ZOLA. Au bonheur des Dames.
Source : inlibroveritas.net


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