L’exposition universelle de Paris 1889

Première partie : le choix du lieu de l’exposition universelle de Paris 1889

Six ans se seront bientôt écoulés depuis que l’Exposition universelle internationale de 1889 a fermé ses portes. Cependant les mémorables assises du Centenaire de la Révolution française semblent dater d’hier. Le souvenir en est resté aussi vivace, L’admiration aussi ardente.

Projet exposition universelle de 1889 à Paris

Projet exposition universelle de 1889 à Paris

C’est qu’il eut été impossible de rêver un cadre plus merveilleux, une organisation plus habile, un succès plus éclatant.

Parmi les hommes éminents, parmi les patriotes qui ont ainsi ajouté une page glorieuse à l’histoire du pays, l’illustre Alphand se détache au premier plan.

Directeur des travaux de Paris, il avait consacré tout son génie à l’embellissement et à l’assainissement de la capitale, devenue sous sa main puissante la plus jolie ville du monde. Sa réputation d’ingénieur et d’administrateur était indiscutée par delà les frontières comme en France.

La Direction générale des travaux de l’Exposition, en donnant une consécration définitive à ses talents, l’a fait entrer dans l’immortalité.

Autre projet pour l'exposition universelle de 1889

Autre projet pour l'exposition universelle de 1889

Dès 1889, Alphand avait commencé une monographie de son oeuvre du Centenaire. Mais la maladie vint le surprendre et le terrasser à l’heure même où il pouvait compter sur quelques loisirs pour achever cette monographie.

M. Jules Roche, alors Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Colonies, désireux de rendre un suprême hommage au grand citoyen disparu, décida la continuation de l’ouvrage entrepris par ses soins et demanda au Rapporteur général de l’Exposition d’assumer cette tâche. Il y avait là un

devoir pieux à remplir; toute hésitation de ma part eût été impardonnable. Mon rôle, fort modeste, a été de recueillir les notes et les dessins préparés par les collaborateurs d’Alphand et réunis par son adjoint dévoué, M. Délions, puis de les compléter et d’en assurer la publication. J’y ai pourvu avec le concours intelligent et assidu de 31. Eugène Hénard, architecte diplômé par le Gouvernement.

Bien que les travaux proprement dits constituent le fond même de ce livre et de l’album auquel il sert de commentaire, une place a été néanmoins réservée aux installations, qui relevaient de M. Georges Berger, Directeur général de l’exploitation, et notamment aux installations mécaniques.

Sauf de légères retouches et une mise au point, le texte n’est autre que celui des rapports fournis par les ingénieurs et architectes.

Malgré les soins de M. Hénard et les miens, la publication n’est sans doute pas ce que l’eût faite l’auteur des magnifiques palais du Champ de Mars. Elle donnera, du moins, des renseignements utiles pour l’avenir ; elle sera aussi un monument élevé à la mémoire de celui qui a jeté tant de
lustre sur la patrie française.

Autre projet pour l'exposition universelle de Paris 1889

Autre projet pour l'exposition universelle de Paris 1889

PÉRIODE D’ORGANISATION

CHAPITRE PREMIER

PRÉLIMINAIRES DE L’EXPOSITION

L — Considérations générales

L appartenait au Gouvernement de la République Française de célébrer d’une façon grandiose le Centenaire de 1789, et de proportionner l’éclat des fêtes à la gloire des souvenirs qu’elles devaient évoquer.
L’organisation d’une Exposition universelle se présentait en première ligne comme la solennité la plus capable de s imposer à l’attention de tous et de servir d’appui aux autres fêtes ayant un caractère politique. C’était le moyen le plus efficace d appeler toutes les nations du monde à se réunir dans un esprit de concorde, de tolérance mutuelle et de sympathie réciproque; Par les soins de ce dernier, les points les plus importants du programme avaient été déterminés et n’attendaient plus que
l’approbation des pouvoirs publics.

Ce programme comportait essentiellement :
1° Le choix d’un emplacement;

2.° L’étude des dispositions à adopter et la rédaction d’un avant-projet devant servir de base au concours à ouvrir ultérieurement pour les constructions;

3° L’examen de l’opportunité de la constitution d’un capital de garantie et de l’importance qu’il convenait de réserver, dans cette entreprise, à l’action gouvernementale et à l’action privée.
Ce sont ces points que nous allons maintenant examiner.

II — Choix d’un emplacement. —

La Commission d’études s’était à cet égard trouvée en présence d’une série de propositions
complexes.

La liste dressée par le ministère du Commerce comprenait douze emplacements principaux offrant chacun des avantages différents : 1° Courbevoie; 2° Vincennes; 3° Saint-Ouen; 4° Levallois-
Perret; 5° Aubervilliers ; 6° Bagatelle; 7° Pré-Catelan; 8° La Muette; 9° Champ de Mars et Grenelle; 10° Palais de l’Industrie et Champ de Mars; 11° Jardin des Tuileries; 12° Issy.

Mais le choix put être immédiatement circonscrit par suite de La question préalable qui fut posée au début des délibérations de la Commission : L’Exposition de 1889 devra-t-elle être placée clans
l’enceinte ou hors de Paris?

Au point de vue de la population parisienne, il n’y avait pas d’hésitation possible.

Organiser une exposition hors Paris, disait Viollet-le-Duc en 1878, c’est rendre la visite de ce qu’elle renferme longue et onéreuse, c’est priver une partie de la population des visites fréquentes qu’elle pourrait y faire. Nous ne devons pas oublier, ajoutait l’éminent rapporteur delà Commission de 1878, que si les Expositions universelles attirent un grand nombre d’oisifs, de curieux, d’étrangers riches et qui peuvent disposer de leur temps, elles sont chez nous très populaires, deviennent un précieux sujet d’études; que nos artisans, nos ouvriers doivent pouvoir les visiter longuement et fréquemment, sans perdre un temps utile en longues courses, et sans être obligés de dépenser beaucoup.

PRÉLIMINAIRES DE L’EXPOSITION.

A Paris, une Exposition produit à ce point de vue un changement sensible clans l’existence des travailleurs. Le mal eût été infiniment plus grave dans une population d’importance relative-
ment faible.

Ces raisons déterminèrent la Commission. Malgré le caractère séduisant de certains projets, et notamment de celui de Courbevoie, qui terminait la belle perspective de l’avenue de la Grande-Armée par un monument dédié à la Paix, il fut décidé que, comme en 1878 l’Exposition aurait lieu dans l’intérieur de Paris.

Cette première résolution en amenait presque nécessairement une seconde, la désignation du Champ de Mars, avec des annexes plus ou moins considérables. En effet, le jardin des Tuileries manquait d’étendue; quant à l’emplacement de Grenelle, il supposait l’expropriation de toute la zone comprise entre le quai de Grenelle, le boulevard de Grenelle et l’avenue de La Motte-Piquét.

Restait donc le Champ de Mars, c’est-à-dire : 1° Sur la rive gauche, le Champ de Mars proprement dit, le quai d’Orsay et les bas ports entre l’avenue de La Bourdonnais et le ministère des Affaires étrangères, y compris l’esplanade des Invalides; 2° Sur la rive droite, le Trocadéro relié par le pont d’Iéna, les Champs-Elysées depuis l’avenue d’An tin jusqu’à l’avenue qui limite le Palais de l’Industrie du côté de la place de la Concorde, y compris le Palais de l’Industrie. Ces dernières surfaces devaient se rattacher à la rive gauche par un pont doublant celui des Invalides.

Dans la pensée de la Commission, et ainsi que l’avait demandé le Conseil municipal, les concours et expériences agricoles exigeant un grand développement devaient avoir lieu à Yincennes.

La surface utilisable, pour la partie seule désignée à l’intérieur de Paris, était beaucoup plus
importante que celle qui avait été affectée aux Expositions de 1867 et de 1878. L’Exposition de 1889 occupait donc une surface supérieure de 270737 mètres, soit de 39 % à celle de 1867, et de 213037 mètres, soit de 28%, à celle de 1878.

IV. — Conditions auxquelles le Champ de Mars a été mis à la disposition de l’Exposition.

Les décisions de la Commission consultative devaient, en ce qui concernait le choix d’un emplacement, être ratifiées par le ministre du Commerce, et recevoir plus tard une exécution presque complète.

L autorité militaire avait consenti à l’occupation du Champ de Mars, mais à la condition qu’un champ de manoeuvres pour la cavalerie lui serait attribué. Elle songea tout naturellement à demander le champ d’entraînement de Bagatelle, qui lui avait déjà été prêté en 1878. Un accord intervint à ce sujet avec la Yille de Paris, et l’emplacement fut accordé sous les réserves suivantes :

1° Pendant toute la durée de l’occupation, l’État paierait à la Yille de Paris, pour les dégradations résultant du passage des troupes sur les routes du Bois de Boulogne, une indemnité de 8 000 francs par semestre (l’Exposition paya de ce chef 48 000 francs à la Yille de Paris).

2° Lorsque l’occupation aurait pris fin, les frais de remise en état du champ d’entraînement seraient supportés par l’Etat.

A ces conditions, imposées par la Ville de Paris, vint s’en ajouter une autre réclamée par le ministère de la Guerre au ministère du Commerce, à savoir que les installations provisoires nécessaires pour compléter l’organisation du champ de manoeuvres seraient exécutées aux frais de l’Exposition.

Projet et tour pour l'exposition universelle de Paris 1889

Projet et tour pour l'exposition universelle de Paris 1889

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Source :

Titre : Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Monographie. Palais, jardins, constructions diverses, installations générales, par A. Alphand,… avec le concours de M. Georges Berger,… Publication achevée sous la direction de M. Alfred Picard,… accompagnée d’un atlas de 219 planches. Tome 1

Auteur : Berger, Georges (1834-1910)

Auteur : Alphand, Adolphe (1817-1891)

Éditeur : J. Rothschild (Paris)

Date d’édition : 1892-1895

Contributeur : Exposition internationale (1889 ; Paris). Éditeur scientifique

Sujet : Paris, Exposition, 1889

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 2 tomes en 1 vol. gr. in-8°

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