Drugstore : 1947

A la découverte des Etats-Unis de la consommation en 1947

« Le « drug-store » est le centre de la vie sociale. On vient y retrouver sa belle, y acheter l’aspirine ou les mouchoirs de papier, les magazines et les sandales. Le « drug-store », comme son nom ne l’indique pas, est une pharmacie qui est aussi une épicerie, un bar, un droguiste, un marchand de journaux, une papeterie, un oculiste, une confiserie, une librairie, une parfumerie, une quincaillerie, etc.

« Vous ne vendez pas de parapluies? dit la dame. Mais alors pourquoi appelez-vous ceci un « drug-store? ». Là survit une civilisation encore indifférenciée, où le magasin général des pionniers offrait à sa clientèle exactement « tout » ce qui est nécessaire à la vie, les haches et l’alcool, les médicaments et la viande séchée, la dynamite et le linge. Le drug-store est le lieu du monde où l’homme voit donner réponse à tous ses besoins, satisfaction à tous ses désirs. L’Américain est l’homme du « drug-store », l’homme de la satiété. Le « drug-store » donne à celui qui y séjourne une sensation analogue à celle que peut ressentir le poussin pas né encore, au milieu de son œuf. Il ne manque de rien. Il suffit ici d’étendre la main (et d’avoir de l’argent) pour pouvoir boire, manger, s’habiller, se chauffer, lire, écouter de la musique, se soigner, regarder des images. Quand on entre dans un « drug-store » on franchit les limites d’un cercle magique où tous les sens voient leurs souhaits ensemble exaucés. Il y fait chaud l’hiver, frais l’été, on y désaltère les assoiffés, y panse les blessés, y divertit les ennuyés, y mélange les solitaires,, y amuse les regards vides, y nourrit les affamés. Le « drugstore » est une sorte de paradis nickelé, commercial et sommaire. »

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Claude ROY

Clefs pour l’Amérique Éditions des Trois-Collines Genève-Paris 1947